L’éclat d’un cépage entre lacs et montagnes
Le terroir alpin de la Savoie et les conditions océaniques de la Nouvelle-Zélande semblent, de prime abord, difficilement comparables. Pourtant, ces régions présentent des points de convergence souvent oubliés :
Dans ces deux contextes, le Chardonnay dispose d’une maturité lente et régulière, condition essentielle pour accumuler arômes et acidité vivace.
Les sols sont le socle du style d’un vin. En Savoie, ce sont les moraines glaciaires, les éboulis calcaires et les schistes, souvent combinés à des altitudes comprises entre 250 et 500 mètres pour la majeure partie des vignes. Le Chardonnay y déploie minéralité et tension. En Nouvelle-Zélande, la diversité géologique est frappante, mais plusieurs régions — Hawke’s Bay, Gisborne ou Wairarapa — partagent des sols argilo-calcaires, limoneux voire volcaniques, aussi propices à l’expression de la fraîcheur.
Altitude et effets des sols minéraux convergent donc dans la recherche d’une expression fine, vive, loin des excès de maturité.
En matière d’arômes, le Chardonnay savoyard se distingue par :
Une étude menée en 2021 par le Centre du Goût du Vin de Dijon a révélé que les Chardonnays savoyards présentaient, en moyenne, un taux d’acidité totale supérieur de 1 g/L aux équivalents bourguignons élevés sur lies, et une concentration en composés thiolés (fleurs, pamplemousse) qui rappelle certains blancs du Nouveau Monde (Source : CIVJ).
Les vins blancs néo-zélandais, longtemps dominés par le Sauvignon Blanc, ont hissé le Chardonnay au rang de cépage de second choix, mais de plus en plus valorisé.
Des dégustations organisées à l’International Wine Challenge (2022) ont régulièrement placé certains Chardonnays de Marlborough ou North Canterbury dans la catégorie des « blancs minéraux, à l’acidité saillante et arômes d’agrumes éclatants » (International Wine Challenge).
La nouvelle génération de vignerons savoyards investit dans des équipements permettant des pressurages doux et des fermentations à température contrôlée, préservant la délicatesse aromatique du cépage. Si certains domaines expérimentent les élevages sur lies totales pour arrondir la matière, le bois neuf reste très rare. C’est une volonté affirmée d’exprimer le terroir plus que la technique. Par exemple, au domaine Dupasquier ou au Château de Mérande, les Chardonnay sont élevés majoritairement en cuve ou en foudre ancien pour valoriser la pureté.
La tendance locale est là aussi à la fraîcheur. Les producteurs évitent désormais les excès de bois, privilégiant la fermentation malo-lactique partielle et de courtes macérations pelliculaires. Ces choix techniques servent un style résolument "pur", avec une acidité assumée et un fruit jaillissant. L’utilisation croissante de levures indigènes et l’expérimentation en amphores signalent un virage qualitatif, comparable à ce que l’on observe chez certains vignerons de Savoie innovants (voir NZ Winegrowers).
Les dégustations à l’aveugle montrent qu’il est parfois difficile de distinguer un Chardonnay savoyard moderne d’un blanc sec néo-zélandais issu du même millésime, surtout dans les versions sans boisé marqué. Les points communs se lisent dans :
Pour autant, la signature alpine de la Savoie s’exprime plus nettement par :
La Nouvelle-Zélande, de son côté, affectionne les nuances plus exubérantes selon les régions, avec, à maturité poussée, des notes de pêches, de fruits tropicaux naissants, qui n’apparaissent jamais dans les Chardonnay savoyards.
À travers ce comparatif, se dessinent finalement deux approches complémentaires du Chardonnay moderne : une quête de vivacité, d’authenticité et de pureté, avec une tendresse particulière pour des vins qui, loin de la caricature boisée ou trop mûre, invitent à la table et à la découverte. Les amateurs exigeants trouveront dans les deux origines un terrain d’expérimentation sensorielle passionnant — un voyage qui, au détour d’un verre, traverse l’hémisphère sud comme les alpages savoyards, pour illustrer toute la diversité et la vitalité actuelle du Chardonnay.